Quand le langage (*) sportif empêche les gens de bouger

juin 14, 2020 - 4:22 No Comments

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Ce billet fait écho à ce que nous avons vu fleurir pendant et après le confinement (en cachant plus ou moins une démarche publicitaire mais « c’est de bonne guerre » comme on dit) indiquant des mouvements pour entretenir sa forme physique. Une démarche qu’on peut approuver mais qui me conduit à une réflexion qui n’engage que moi dans ma vision de professionnel de santé et d’instructeur sportif. En clair, le dialogue sur ce plan est ouvert pour peu que la réflexion amène à entretenir réellement la forme de tout le monde sans exception.

Les indications d’entretien physique concernaient évidemment le « travail en salle », confinement oblige. C’est alors que la personne lambda a pu découvrir tout un langage spécifique, source d’inspiration pour ce billet.

Avant ton entraîneur te faisait faire des flexions, du saut (en extension, groupé, etc.), des étirements, de l’assouplissement, de la détente, du relâchement, voire même de la relaxation.
Maintenant ton coach te fait faire des squats, du jump (du jumping jack, du tuck jump, etc. ), des dips, des burpees, du stretching voire même de la sophro. Mais mon petit doigt me dit que les termes vont encore évoluer pour donner l’impression de ne pas être dépassé, pardon « has been »…. Enfin, peu importe, bouger c’est bien du moment qu’on sache quand respirer, souffler notamment, mais ça, ça reste trop peu enseigné.

Cependant, je me suis toujours demandé pourquoi employer ces expressions, surtout quand nous avons dans notre langue quelque chose de parlant, voire même de plus parlant pour guider d’autant mieux.

Nous pouvons facilement trouver une première réponse : « ça fait bien ». Qui pourrait me contredire sur ce point ?

Ce ne serait pas un problème en soi quand on sait que l’être humain a besoin de codes spécifiques pour faire partie d’une communauté.

C’est donc logique qu’entre deux comparses nous entendions par exemple l’expression : « j’ai fait 50 squats, et toi combien ? » C’est un langage mieux codé (et mieux ciblé diraient peut-être certains, hum, hum) plutôt que « j’ai fait 50 flexions ». Admettons ! Mais lorsque ce langage vient masquer comme un écran de fumée de réelles incompétences, ça me chagrine. Si par exemple vous me dites que les squats contrairement aux flexions permettent de renforcer les fessiers, je vous demande pourquoi cette idée et pourquoi vous ne voulez vous intéresser qu’aux fessiers. Pour avoir de belles fesses bien rebondies ? Alors là vous ne vous placez qu’au niveau du culte du corps bien fait et je vous conseille d’avoir un bon kiné pour rétablir un meilleur équilibre d’ici quelques années.

Ne connaissant donc pas les codes le plus souvent anglo-saxons de la communauté des sportifs aguerris qui s’activent, la personne lambda risque d’hésiter à les rejoindre.

De ce fait :

– soit elle ne bouge pas (ou si peu) car il lui manque l’émulation, justement l’aiguillon du phénomène de groupe, de l’instinct grégaire qui caractérise l’être humain d’un point de vue psycho-social,

– soit elle bouge mais dans son coin car elle a peur de souffrir de la comparaison, ne se sent pas à la hauteur d’autant plus quand la fameuse communauté sportive le lui fait sentir, ce qui arrive trop souvent de manière directe ou indirecte.

L’une des principales raisons de ce travers comportemental des habitués vient du fait que, dans ce milieu, il y a toujours des personnes qui sont là pour comparer leurs performances aux autres, voire pour carrément pavaner. Le pire est que, parfois, ils ne s’en rendent même pas compte. Il ne faut pas leur jeter la pierre car ils trouvent sûrement dans cette activité un espace de valorisation dont ils ont besoin.

Les études actuelles tendent à montrer qu’en France les gens ne bougent pas assez. J’aimerais que tous les encadrants et les chercheurs se penchent vraiment sur le sujet en repérant les indices qui empêchent justement les gens de bouger.
L’un de ces indices se trouvent certainement au niveau de l’image que l’on donne en France au sport en général tant au niveau de :

– son objectif (compétition et non bien-être),

– son langage trop hermétique à connotation de plus en plus anglo-saxonne,

– son code vestimentaire et son espace approprié (eh oui ! Il existe une longue tradition française du « bien fringué » et du « fringué pour » : pour comprendre la chose, essayez donc par exemple de vous promener dans les rues bien sapé en faisant de la marche nordique et vous comprendrez tout de suite en observant le regard amusé voire moqueur des gens et après allez observer ce qui se passe par exemple du côté d’Helsinki, même quand il n’y a pas de neige [j’ai vérifié moi-même] ou que pensez-vous de quelques mouvements de tai-chi de façon spontanée quelque part en ville [j’ai aussi vérifié moi-même] et après allez en Chine ou au Japon, mesdames avez-vous prévu d’aller au boulot à vélo en robe avec des chaussures à talons et un casque sur la tête avec la garantie de trouver un point d’accroche pour votre antivol au bout de l’éventuelle piste cyclable ou mieux un local à vélos prévu par votre entreprise, après allez faire un tour du côté des pays du nord, etc.)

Conclusion : oui, c’est clair en France, nous avons un souci de langage par rapport à l’entretien physique en général du fait d’un codage (verbal et non-verbal) trop strict, trop « chébran » !

(*) Il faut entendre ici le mot langage dans sa connotation globale à la fois verbale et non-verbale.

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