LETTRE OUVERTE À l’abbé HERVÉ BENOÎT (prêtre à Lyon)

novembre 30, 2015 - 10:38 No Comments

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(Ce billet est aussi destiné aux familles et amis des victimes du Bataclan pour tenter de les aider à supporter l’insupportable à travers l’analyse psycho-pathologique de la situation, en espérant parvenir à dédiaboliser un peu. Mais c’est sans prétention aucune et le débat reste ouvert à quiconque voudrait vider son sac. Si ça peut faire du bien… )

LETTRE OUVERTE À l’abbé HERVÉ BENOÎT (prêtre à Lyon)

Vous avez écrit à propos des victimes du Bataclan :

« … ce sont des morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois. Mais comment ne pas le voir ? C’est tellement évident ! Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… »
(Extrait de votre article : « Les Aigles (déplumés) de la mort aiment le diable ! » dans Riposte Catholique du 20/11/2015)

Voici ma réponse

Non, non, je ne vais pas, contrairement à vous, naviguer dans les eaux croupies de l’insulte en faisant des comparaisons insensées entre des innocents et ceux qui les tuent.

D’abord, je ne me le permettrais pas car je ne vous connais pas, comme vous ne connaissez pas chaque personne qui était présente au Bataclan la soirée du drame, ce qui ne vous empêche pas, vous, de porter un jugement.

Par contre, pour tenter de percer les mystères de votre attitude, je peux essayer d’émettre quelques hypothèses sur votre personnalité.

Je vous vois deux traits possibles de caractère :

1 – la perversion :

Comme il faut une sacrée dose de sarcasme et de prétention pour avoir vos certitudes, il est possible que vous soyez pervers. Dans ce cas, votre narcissisme vous conduisant à gonfler votre ego de manière démesurée, vous vous auto-congratulez en pensant que vous avez réussi votre coup depuis que vous avez craché votre venin.

En effet, un pervers cherche toujours à tirer satisfaction de la détresse de l’autre.

Moralité (si vous êtes un pervers) : histoire de reprendre la belle formule, adressée aux terroristes, d’un mari qui a perdu sa femme au Bataclan : « vous n’aurez pas ma haine. » (Antoine Leiris) et j’ajoute : « je ne vous laisserai pas ce plaisir. »

L’une des seules manières d’espérer contenir les agissements d’un pervers est de lui dire droit dans les yeux que nous ne sommes pas dupes. C’est aussi un peu le pourquoi de ces lignes.

2 – la skizoïdie :

il est possible aussi que vous soyez de structure skizoïde car, en écrivant ces lignes, vous n’avez fait preuve d’aucune empathie par rapport à la détresse des personnes touchées, des familles et des amis. Dans ce cas, votre conscience se contente d’être embuée par des pseudo-certitudes sorties, pour partie au-moins, tout droit de votre imagination, votre ferveur ecclésiastique servant de fondement à votre vision mono-thématique. Vous vous enfermez dans une réflexion cloisonnée, linéaire, obtuse. Votre sacerdoce vous rassure pour éviter de sombrer, ayant trop peur de dérailler d’un poil de la ligne de conduite que vous vous êtes fixée. Pour combattre vos angoisses, vous vous accrochez à cette vision et n’acceptez pas que des personnes puissent penser autrement. Vous portez des œillères qui vous empêchent d’être conscient du réel.

En effet, contrairement au pervers, le skizoïde ne se contente pas d’être insensible au vécu des autres mais a tendance à se couper de la réalité.

Moralité (si vous êtes skizoïde) : je vous dis : « vous n’aurez pas ma haine » et j’ajoute : « je vous plains et plains surtout vos ouailles. »

Sacrebleu, arrêtez tout de suite de conditionner des gens à avoir votre vision malsaine. Vous êtes un berger égaré ! Vous risquez même de devenir de plus en plus dangereux pour les autres et vous-même dans le cas de skizoïdie évolutive.

Analysons maintenant votre expression : « Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… »

C’est une expression intéressante à analyser car nous avons ici un parfait exemple de ce que nous appelons en psychopathologie un « phénomène de projection » (le sujet reprochant à autrui ce qu’il devrait reprocher à lui-même).

Déracinement : n’êtes-vous pas déraciné vous-même, déconnecté du contexte socio-culturel actuel ? Comment voulez-vous récupérer des brebis que vous pensez égarées si vous n’allez pas dans le pré voir ce qu’elles broutent ?

amnésie : n’auriez-vous une mémoire sélective vous-même, excluant les visions qui ne sont pas dans votre axe de pensée ?

infantilisme : vous réfutez vertement les pôles d’intérêt qui ne correspondent pas aux vôtres mais vos réactions (ou plus exactement vos pulsions) ne sont-elles pas la marque d’une forme d’infantilisme, d’un manque de maturité psychologique et sociale.

inculture : du fait de votre enfermement dogmatique, n’y aurait-il pas chez vous une forme d’inculture ? En effet, pour développer sa culture, il faut multiplier les expériences, les relations extérieurs, découvrir d’autres points de vue, partager, se remettre en cause, douter, évoluer, gagner en maturité.

L’inculture conduisant à l’acculturation, je comprends pourquoi vous vous mettez en marge socialement par rapport à ces personnes qui communiquent, se détendent et s’amusent.

Je ne vois pas ce qui peut vous amener à imaginer le profil que vous exposez chez les personnes qui étaient au Bataclan ce soir-là. Y avez-vous posé les pieds ? Connaissiez-vous toutes ces personnes ? Comment pouvez-vous juger sans savoir ?
Vous pensez qu’elles ont toutes signé un pacte avec le diable. Vous avez réagi par effet miroir. Stoppez ce genre de discours diabolique (*)(cf. : phénomène de projection).

Je ne vous souhaite que du bien et je souhaite que vous ne transmettiez désormais autour de vous que du bien. Donc, bien à vous !

Hubert Colombel, professionnel de santé physique et mentale.

P. S. : vous avez depuis été « relevé de vos fonctions pastorales ». Vous tentez de vous expliquer et d’exprimer quelques regrets sans retirer vos propos. Votre amour propre est sans doute trop fort. Le mal est fait. Vous pouvez faire une retraite spirituelle, vous repentir en faisant trois Pater et deux Je Vous Salut Marie si ça vous chante, ça ne vous donne pas le droit de redevenir aussi fielleux à la première occasion.

(*) J’ai choisi ici le terme « diabolique » car implicitement je ne peux pas m’empêcher d’entendre : « c’est bien fait ! » dans votre missive assassine.

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